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Coup de cœurDiversmust

Gagner, oui… et après ?

Par 7 septembre 2026septembre 23rd, 20262 Commentaires

         À Falone qui nous a quittés le 3 avril 2016.

1998 : Barbentane, au milieu des cyprès qui coupent le vent.

            Après une saison tout entière destinée à remporter ce championnat d’attelage, nous sommes là, Falone et moi, au pied du mur, en tête du classement.

            Presque tous ceux qui sortent en compétition sont là.

            L’ambiance est tendue.

Si je me plante, je ferai des heureux. C’est très inconfortable et je ne suis pas loin de penser qu’il faut être maso pour jouer à cela.

            Falone, à son habitude, gagne le dressage confortablement, m’accordant ainsi les points qui vont compenser son manque de célérité sur le marathon.

Marathon dont elle se sort d’ailleurs honorablement.

            Avant la maniabilité nous avons vingt-cinq points d’avance ! C’est splendide, mais quelque part, ça me laisse indifférente.

 Je perçois trop, soudain, à quel point tout cela est dérisoire.

            Ça me désole surtout de voir celui qui me talonne m’assassiner des yeux.

            Ma foi, sans doute parce que je ne ressens pas, le moment venu, ce soupçon de stress qui me rend si pointue, moi qui, en général, ne « fais » pas de balle ou si peu, j’en fais une, puis deux, puis trois, puis quatre, puis cinq, et tout de même, le massacre s’arrête là !

            Une balle, à l’époque, c’était cinq points, et là, je prends un point pour deux secondes de temps dépassé, en plus !

Il faut dire que le parcours est extrêmemement « coton » et que tout le monde en « fait », mais tout de même, c’est la honte…

Enfin, je ne reste en tête que parce que celui qui espère me battre fait tomber la balle de trop, la balle qui me sauve, et je gagne, probablement parce que cela devait être ainsi.

            Je ne pavoise pas.

            Ma groomette à la remise des prix essaye en vain de m’arracher un sourire.

            Je suis absente, je ne peux pas, et, quand je reçois l’énorme coupe, je remercie machinalement ; quelque chose vient de se casser car j’apprends à mes dépens que le goût de la victoire est amer.

On court après un rêve, et cela n’a de sel que tant qu’on ne l’a pas atteint.

Le jour où on le tient, on s’aperçoit qu’il n’y a rien au-delà.

            Rien d’autre que le désir des autres de vous battre.

            Je crois que la compétition fait perdre la notion des choses… le plaisir en tout cas.

La sagesse me dicte alors d’en rester là.

 Je suis fatiguée.

            Sans doute, au fil des années, me suis-je prouvé que je pouvais réussir quelque chose.

Tout le reste me paraît soudain puéril.

Bien faire est important, battre les autres ne m’intéresse pas.

            Quand tombe la nuit, dans le camion qui nous sert de chambre à coucher, je pleure en silence.

Ma groomette s’en alarme.

Alors je pose ma main sur la sienne et lui dis :

            – Dors, ce n’est rien.

            Ce n’est pas grave, non… la solitude et le vide, seulement, qui s’acheminent à pas feutrés.

            Falone à présent, je la sors en forêt quand le soleil y tend ses voiles de lumière… nous nous offrons parfois de joyeux galops.

Il n’y a personne pour nous juger ou pour nous envier.

Mon seul juge, c’est elle, et je prolonge mes rêves dans la meilleure des compagnies qui soit : ma jument.

            Ça ressemble au bonheur et c’est même sûrement ça.

Falone, Franches-Montagnes Suisse, à six ans.

Julie Wasselin.

Extrait de « Sous le regard des chevaux » préfacé par le général P.Durand, ancien « Grand Dieu » du Cadre noir, et édité à L’Harmattan.

2 Commentaires

  • Oui Juju c’est un état des lieux souvent observé. Merci pour cet article qui porte à la réflexion.
    Oui c’est vrai la compétition peut rendre fou, ou idiot, mais bien plus certainement narcissique, c’est le terrain de facebook, on s’y affiche, on s’y regarde comme dans un miroir, on s’y ridiculise parfois.
    Oui, mais la compétition c’est la vie, et la vie n’est que compétition. L’oublier c’est se fragiliser.
    Oui la compétition peut détruire. Les images de Laure Manaudou (natation) ou de Marie Jo Perec (athlétisme) me restent en mémoire. Le haut niveau les a terrassées, par le trop plein des pressions psychologiques et l’usure des entrainements …
    Mais me reste aussi en mémoire ce marathonien sur le chemin de la ligne d’arrivée, qui fait un retour en arrière pour aider un coureur tombé à terre à se relever…
    Ou bien encore Pierre Durand et son petit cheval Jappelou sautant des montagnes, et plus encore, les radios qui nous réveillent au petit matin, c’était en 1964 avec cette nouvelle: Pierre Jonquère d’Oriola est Champion Olympique à Tokyo avec Lutteur… la seule médaille française de cette olympiade. Elle a été obtenue le dernier jour de compétition des JO.
    Jeune cavalier, la nouvelle m’a certainement donné des rêves de gloire, mais elle a aussi révélé au grand public la pratique de l’équitation sportive. La France n’a plus parlé que de ça pendant des jours.
    Oui la compétition est belle, ce sont les humains qui ne sont pas toujours beaux.
    Mais ce n’est que mon avis !
    JCG

  • juju juju dit :

    Bien d’accord avec toi… mais le plus dur, en fait c’est quand viennent les jours où les chevaux ne sont plus qu’un souvenir…………
    C’est la raison pour laquelle ” je les écris “, c’est ce qui me permet de les garder vivants.