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Coup de cœurDiversmust

Le flot ©

Par 1 juillet 20262 Commentaires

Fin juillet sur le centre de la France, une lumière aveuglante, un silence vibrant comme un essaim, une chaleur à crever.

            Il n’y a personne autour des étalages de la brocante, en cette heure où il ferait bon se dévêtir et s’abandonner dans une chambre aux volets clos en attendant que la fournaise cesse de vomir ses entrailles.

            Sur le stand, de vieux cuirs achèvent de se racornir.

            Fontes, guides déformées, traits dépareillés, colliers éventrés, bottes avachies, éculées, selle d’armes durcie dont l’âge et le manque d’entretien n’ont pas amélioré l’inconfort, éperons féroces, culeron craquelé et sellette armoriée… mors étincelants sous le soleil, Verdun, Chantilly, Liverpool, buxton, quatre anneaux, coup de poing… quelques cravaches, un flot, des plaques de concours qui ne célèbrent plus rien, des fouets cassés, un hackamore, des licols fanés, une longe et un chasse-mouches dont pas un souffle n’agite les crins poussiéreux.

            Mortel.

            Et soudain, une apparition.

            Levant sous ses espadrilles un nuage léger, un enfant seul entre sur la place.

            Un gamin qui peut avoir sept ou huit ans.

            Entre ses mains, les baguettes d’un jeu de diabolo.

            – Bonjour Madame.

            – Bonjour toi…

            – Ça vous ferait plaisir, Madame, que je vous fasse une démonstration de diabolo ?

            – Bien sûr !

            Alors, après un salut digne du grand siècle, le gamin commence à jongler, faisant tournoyer, sauter, danser, grimper dans les airs le diabolo, enjambant avec habileté la cordelette qui relie les bâtons jusqu’à ce que le jouet lui échappe et rebondisse à ses pieds.

            – Oh, excusez-moi, Madame… vous voulez que je recommence ?

            – Oui, oui.

            Quand il achève son numéro, il vient à nouveau saluer.

            – Ça vous a plu, Madame ?

            – Beaucoup. Qu’est-ce qui te ferait plaisir ? Tiens voilà de quoi t’offrir une glace.

            – Merci Madame… je peux prendre aussi les rubans ?

            – Mais oui mon petit, tiens, ça s’appelle un flot. Tu l’as bien mérité et c’est moi qui te remercie.

                        D’un pas léger, alors, il disparaît.

                        C’est un début d’insolation, sans doute, un rêve peut-être ?

                        Mais non, puisque le flot a disparu.

                                                             Julie Wasselin.

Extrait de son livre « Sous le regard des chevaux » préfacé par le général Durand et publié à L’Harmattan.

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