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Coup de cœurCulturemust

Ils naissent en robe du soir ©

Par 1 août 2026Sans commentaires

            Ils viennent d’un monde qui s’élabore dans les eaux de leur mère.

            Boules duveteuses, en grandissant ils se couvrent de soie.

            Il ne tient plus qu’à l’homme de révéler leur splendeur souvent gainée de poussière et de la boue dont ils aiment à se protéger… les chevaux.

            Sous l’étrille, le bouchon, la brosse douce et la laine, ils tombent le masque et captent soudain la lumière, envahissant nos veines d’une coulée d’or en fusion.

            Bai cuivré, dans un flamboiement de soleil, plus rousse que les fougères en hiver, la robe étincelante de celle que j’aime… crispation dans mes entrailles.

            Douce chanson que le nom des robes dont ils se parent… les chevaux.

            Flaxen mane, crinière de lin.

            Alezan brûlé.

            Crème, café au lait.

            Bai cerise, noir pangaré, cap de Maure… des noms qui font planer.

            Ardoise, aubère mille fleurs, fleurs de pêcher.

            Isabelle, rouan, louvet.

            Blanc porcelaine… gris truité, gris souris, gris tigré.

            Corne blonde, corne noire, sabots vernis, sabots pie.

            Balzanes herminées, ventres de biche, reflets argentés, miroités.

            Nul besoin de grand couturier.

            Nul besoin non plus de grand bijoutier : l’étoile en tête, le cheval en naît couronné.

            Robes à traînes enrubannées, crinières tressées, rasées…

Regards fatals de khôl cernés.

            Incroyables chevaux qui poussent la courtoisie à ne pas être plus beaux que leurs femelles, et qui s’en vont dans la lenteur, tout en se balançant, indifférents, provocants, se donnant à qui sait le leur demander.

            Quand l’hiver impose sa loi, robes de fourrure ternies, vibrisses et cils givrés, fugitifs dans la brume, ils s’échappent et nous font croire que nous avons rêvé.

            Cœur serré.

Julie Wasselin

Extrait de son livre « Sous le regard des chevaux » édité à L’Harmattan et préfacé par le général Pierre Durand.

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