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Coup de cœurCultureDiversmust

La presse © Julie Wasselin

By 4 mars 2026No Comments

           Leurs doigts d’aciers qui nouent la ficelle avec la dextérité d’une main rendent hommage aux génies de la mécanique qui conçoivent les outils agricoles. Une merveille, un travail de fée.

            C’était un bonheur que de l’entendre ahaner au côté du vieux Mac Cormick, rouge de fatigue, et de la voir avaler à grandes lampées les andains de foin que l’on guidait à la fourche vers sa bouche aux dents de guingois. De marcher derrière elle sous le soleil, dégoulinante de sueur, les cheveux relevés, arrimés de quelques épis de blé, afin d’aligner les bottes de basse densité qu’elle excrétait poussivement.

            La presse est en passe de disparaître. Complexe, fragile, elle tombe en panne souvent.

            Les pièces se font rares, et rares, ceux qui se donnent la peine de réparer.

            Faire les foins à la presse, c’était aussi… défier la pesanteur en montant les bottes à la fourche sur le char, et l’équilibre, en les rangeant dessus. Retourner à la ferme, les balancer sur le monte-bottes, quand il voulait démarrer, les grimper et les ranger au fouano sous les toits, en croisant les rangées après les avoir aspergées de gros sel, chaque fois, afin que l’herbe ne fermente et ne chauffe pas. Puis, ivre de fatigue et saoulée de l’odeur enivrante de la coumarine, redescendre au pré jusqu’à la nuit, recommencer, en priant pour qu’il ne pleuve pas.

            C’était bon.

C’était interminable et épuisant, mais on n’était jamais seuls, toujours au moins deux ou trois.

            C’était intense, enfin… j’aimais ça.

            Seul à présent dans sa cabine sophistiquée, l’agriculteur ratisse la plaine à grandes enjambées, avec, à la prise de force, un round-baller qui crible le paysage de ces énormes « roules » qui peut-être auraient inspiré Monet ?

            Le paysan des temps modernes fait sa récolte seul. Il n’a pas grand monde pour l’aider, il ne pourrait sans doute pas payer… et la presse pourrit dans un coin.

            La petite botte, propre, facile à ranger, pratique à emporter, à diviser, à doser, en deux, ou en quatre pour les chevaux, devient difficile à trouver.

            L’agriculteur en fait encore un peu pour ses fidèles.

Puis un jour, la presse, qui n’a pas la chance d’être belle et d’espérer, comme un râteau faneur, égayer un carré de pelouse, sera versée à la ferraille avec tous nos regrets.

 

  • §§

Exrait de « Sous le regard des chevaux », préfacé par le général Pierre Durand.

Publié à L’Harmattan.

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